jeudi 17 janvier 2008

Transe post-fièvre

Les entrailles me faisaient mal jusqu'aux os et la fièvre m'offrait poésie disparue maintenant. Plutôt suer mes trippes que d'abattre ce travail et plutôt abattre des mots décédés que de te laisser te fondre avec janvier

La tempête se prépare et puisse-t-elle tuer le temps

Je m'enfuirais de cette prison de mots si l'évasion n'impliquait la mort
Épuisons-nous en phrases puisqu'elles seules gardent éveillé

Des fragments de poèmes jetables s'éparpillent vainement sur les pages il n'y aucun ordre à y mettre
Ce que je représenterais n'a pas de liant que les secondes brûlent sans traînées autour de nous que le présent infini

Quelques autres et encore d'autres mots avant le matin cruel et blanc opaque avant le sevrage

Plutôt dormir que ce gaspillage de maladie je sais très bien que le sublime sera dans mes veines au tournant de la page et à la fermeture du livre le sublime sera sous les draps même si n'y avaient lieu que le sommeil ta chaleur et mes pieds de glace

Au fond l'hiver n'arrête aucun carnage le traître et le toxique me saoule d'absence

À DEUX HEURES ET DEMIE UNE SORTE D'HEUREUX DÉSESPOIR
LA DÉRIVE VERS DEMAIN ÉCULÉE NE VAUT MÊME PLUS LE COUP DE PLEURER DE POÉTISER IL N'Y A PLUS RIEN DE POÉTIQUE QUE LE FATAL PASSAGE DES MINUTES
ET SOUDAIN JE SUIS SI ROMANTIQUE

Ta présence m'empêche d'être poète
J'aurais pu me noyer dans ton bain mais j'ai vécu
Tout se poursuit avec le bonheur qui se définit par l'absence de désagrément sauf peut-être celui du cendrier en verre rouge qui me scrute de son cancer me pique les yeux

Hier soir j'ai eu ce rêve des personnes et de lieux ressuscités j'ai plongé dans une rivière rose et mousseuse dont la caractéristique la plus étonnante était ton absence
Dans des mois peut-être aurais-je encore de toi qui me secoueront jusqu'aux moelles et l'éveil sera peut-être dénué de délire peuplé de rien et d'hallucinations potentielles et toujours pareil malgré tout blanc opaque et lumineux

Peut-être t'aurai-je assimilé


Daté dans mon calepin du 15 décembre

mercredi 16 janvier 2008

Deux poèmes de décembre

Le ciel a pâli ce matin tandis que nous pouvions dormir et rêvions de guerre; le même conflit se déroulait-il dans la boue de ma tête et sur les dalles contre la brique de la tienne
As-tu tiré la balle qui a marqué ma cuisse d'une forme d'obus nette d'un trait rouge noirâtre
Certainement voyions-nous cette nuit la même fumée

Après le réveil dans le noir les interférences après la guerre y repartons ouvrons les yeux dans la lumière et nos soupirs stupéfaits


..


Il faudrait remonter si loin pour résumer quelques jours et que dire des semaines elles ont coulé recouvert toutes nos mémoires et toutes idées
Que dire de toi rendu inséparable et comment diviser le temps maintenant une pierre où je nage fluide et limpide et cristalline
Que faire du ciel du vent du soleil pâlissant de l'hiver qui déferle en silence éteint assourdit la ville
Et nous qui même immobiles nous mouvons sans arrêt

jeudi 10 janvier 2008

Rêveries gigognes

Je fais souvent des rêves interminables qui commencent paisiblement et deviennent cauchemardesques par leur longueur, des rêves où je suis d’abord assis quelque part à fumer et à regarder. La ville m’est familière quoique je ne puisse lui donner de nom. Je suis habitué à elle, à son mouvement que je sais prédire, je connais les rues, et quand je me lève, je les parcours avec autant d’assurance que s’il s’agissait de Montréal. Le cauchemar commence quand je prends conscience d’être dans un rêve. Rarement, le signe me vient de l’extérieur, un coup de vent fait claquer une fenêtre ou bien quelqu’un passe dans le corridor. Sinon, le rêve lui-même m’informe de sa nature. La vie que j’y mène se transforme, mes amis et mes repères disparaissent, et bientôt, sans avoir voyagé, je me retrouve ailleurs.

Un matin, j’ouvre la porte de mon appartement et le monde que je connaissais a été remplacé par un autre. Dehors, la lumière est différente, il fait plus chaud. Les foules m’entraînent et je peux les suivre pendant des jours sans rencontrer quoi que ce soit de familier. Je perds patience et me remplis d’horreur, puis me résigne, retrouve une chambre et me construis une vie. Au paroxysme du sentiment cauchemardesque — c’est-à-dire après avoir vécu des années dans une métropole rêvée, après m’être regardé blanchir et rider et bronzer dans le miroir, après avoir rempli un appartement d’objets qui évoquent chacun un souvenir précis, mais faux — je m’enferme et attends de me réveiller ou de mourir.

J’ai saccagé des maisons en rêve, en espérant que le bruit, la violence me tirent du sommeil. Une fois, j’ai abattu quelqu’un : j’ai marché dans la foule et choisi méticuleusement ma victime. J’ai trouvé un homme mûr et laid, je l’ai rejoint et piqué dans le dos avec mon coupe-papier en argent. Je croyais qu’on m’arrêterait, j’espérais qu’on me condamne à mort, qu’on me fusille, ce qui m’aurait certainement sorti de ma torpeur, mais on ne m’a pas pris. J’ai tué encore, jusqu’à ce que l’on me traque et me roue de coups de poings et de pieds.

Mort, j’ai continué à voir. Mon corps a reposé sur le sol et j’ai été piétiné, puis on a enterré mes restes qui ne sentaient plus ni douleur ni émotion. Je me suis dispersé avec les vers et dans les herbes. J’ai été un paysage. J’ignore combien de temps, il n’existait plus ni mots ni chiffres, la terre et les plantes ne pensent pas. J’ai été des collines et des montagnes toujours plus nombreuses, puis j’ai été le cosmos.


Une autre fois j’ai rêvé que je me trouvais sur une plage. Je contemplais la mer grise et le ciel, la mer grise pleine d’écume, le ciel cendré et rempli de nuages. Derrière moi se trouvait une fourmillante et sale capitale. Je ne m’y étais pas encore rendu, mais je connaissais de réputation ses quartiers éclectiques, ses temples blottis entre deux constructions modernes, ses palais et surtout ses coins les plus pauvres, multicolores et coquets, coquets pour des dompes à ciel ouvert. J’y montais rarement, préférant rester sur la plage, sur ma couche de guenilles.

J’étais perdu mais cela ne m’inquiétait pas. Les habitants de la ville étaient tous beaux et doux. Je me souviens des cuirs et des étoffes qu’ils portaient, de leurs cheveux, de leurs yeux et de leur peau qui variaient plus en teintes que ce je croyais possible, d’un grand raffinement, d’une grâce qui m’émouvait, moi si terne.

Je ne comprenais pas leurs mots. Quand ils entendaient les miens, ils réagissaient comme devant un enfant qui gazouille ou comme devant un homme-loup qui n’aurait jamais eu avant de contact avec les autres hommes. Ils étaient pleins de bonté et de pitié pour moi; moi, j’avais honte, je les écoutais dans l’espoir de décoder leurs paroles, mais leur complexité me dépassait. J’ai inventorié les phonèmes, j’ai copié sur des bouts de papier cueillis dans leurs déchets le plus grand nombre possible de ce que je croyais être des mots, mais jamais je n’ai percé le secret de leur syntaxe. On ne déployait pas grand effort pour m’éduquer, on me prenait pour un idiot, me laissait dormir au bord de la mer, on venait me voir, on me nourrissait, on m’offrait des vêtements.

La plupart du temps j’étais heureux d’être ce simple d’esprit dans une Atlantide urbaine et pauvre, j’aimais l’eau et tous les êtres qui se penchaient sur moi. Parfois aussi j’étais pris de rage et de panique, exaspéré de vivre aussi près de tant de beauté sans y avoir complètement accès, sans pouvoir soupçonner les pensées qui se formaient dans les esprits de ces gens, désespéré d’être aussi totalement épris de cette ville alors que je la rêvais seulement.

Peut-on imaginer ce que j’ai ressenti en me réveillant enfin, comprendre pourquoi je suis resté au lit, plongé dans l’hébétude, l’épuisement et la tristesse ? Mon rêve pouvait-il être qualifié de cauchemar parce que trop beau, ou bien l’éveil était-il le seul cauchemar ? Une nuit j’avais été prisonnier d’un univers sublime pendant ce qui m’avait semblé quinze ans, le lendemain j’étais à nouveau prisonnier du réel, dont la prétention à être le réel n’avait aucune légitimité. Rien ne me prouve que j’évolue en ce moment dans l’univers premier, qui contient tous les autres. Je suis peut-être plus infime qu’une poussière séjournant sur une poussière. Pourtant, n’ai-je pas créé des dizaines de mondes ? Suis-je l’univers ? Ne pourrais-je seulement rester couché et continuer à être sans jamais bouger ?

Beau délire pharmaceutique

Il est triste le petit fanal éteint la porte ouverte
Je n'entends plus la pluie car tu as fermé la fenêtre
Sur la terrasse elles donnent partout dans la même ruelle
Et ces vieux punks à la radio
Me procurent une absurde ardeur
Comme si tout restait à crier

Le médecin t'aurait-il prescrit des capsules de sucre
Je connais un pharmacien il se fout des dates de péremption
Dans mes tempes et au bout de mes mains une petite chaleur
Des cachets fermentés pour ta tête qui pleure
De la pluie pour les bourgeons de tremble
Et la si proche fin du monde

Buvons la bonne huile de palme à saveur de beurre
Je me fous du glutamate monosodique et de
Toutes les causes si seulement nous pouvions nous offrir
Un scie à chaine un bouquet de pétards
Une corde à noeuds tu me fais penser
Aux ampoules électriques

mardi 8 janvier 2008

Petits poèmes de décembre (et autres lignes)

Quand je croyais encore qu'il partirait à Chicoutte

Je saurai par où regarder
Pour te voir
Je verrai l'hiver surgir
Puis reculer
De ma maison à la tienne

...

Et une image surréaliste:

Pas assez de cul pour exposer la beauté de l'oiseau

...

Je croyais toujours en ses hivernales vacances

(Mais avant il avait une lecture de poésie)

Je t'entends si bien
Quand j'écris en même temps

J'entends tout ce qui s'écrit et se chante et j'ai l'impression cruelle d'avoir tout déjà pensé;
J'ai du mal à supporter les images seulement pour m'épater

...

Sa présence s'éloigne et se rapproche
Oscille autour de moi et les canaux
Poussent vers moi sa respiration
Cet hiver il sera circulant
Je penserai sa présence et toucherai
Ce qui n'est pas lui mais le pourrait
N'eut été du hasard de l'érosion
Les dépressions partirons de ma ville
À la sienne et le vent descendra
Comme se sa part
Sur Montréal

...

 
Assez pour maintenant