dimanche 30 novembre 2008

Preview

Je suis comme ces paysannes que les auteurs du XIXsiècle encensaient parce qu’elles pouvaient de faire belle en nouant dans leurs cheveux n’importe quelle retaille du sac de jute dont elles venaient de se coudre un tablier. Je me crêpe les cheveux pour avoir l’air de ne pas les avoir brossés de la semaine, se forme un amas de nœuds au fond de ma tête, les pointes descendent dans mon dos en longs filaments. J’enfile quelque chiffons et sur la rue je reçois les regards des filles avec carottes dans le cul qui s’identifient au groupe des sportives ou des femmes de carrière selon que le neutre qu’elles utilisent le plus est le beige ou le noir.

 

Depuis que j’ai arrêté d’acheter des cigarettes, il me semble qu’il me manque une partie de mon identité de petite vamp en haillons. Mais l’argent. Et la voix et les ravines sur les visages des fumeuses chevronnées. Fumer coûte trop cher. Parfois je quête des cigarettes autour des stations de métro ou je les échange contre un dessin. Près des portes des édifices, je trouve des mégots de bonne longueur et je les rallume en me demandant ce que dirait ma sœur.

 

Le double secret de mon flegme et de mon mystère : planer et tracer, sans réfléchir, le portrait des gens qui passent, dont j’aperçois le visage quelques secondes et qui s’évanouissent ensuite. Je leur colle des noms au bas des pages. Après une dizaine de faces capturées, je me roule un joint, je me couche sur ma natte et je tire dessus en fixant le motif des feuilles d’arbres contre le ciel. Aucune régularité dans la ligne que forment les centaines de feuilles juxtaposées. Je ne panique pas trop parce que je ne serais jamais capable de la reproduire. De nos jours, on peut prendre une photo numérique du ciel, l’imprimer, dessiner dessus avec un feutre à pointe fine, la scanner, la photoshopper, l’imprimer à nouveau. Je me demande si ça se vendrait bien sur Prince-Arthur. Sûrement pas assez pour arrêter les caricatures. 

 

Je suis une sorte d’objet de curiosité. Pourtant je ne mélange plus les couleurs, j’ai renoncé aux bijoux, aux sacs à dos en peluche, aux teintures, aux jupes parachutes cousues à la main. Je me fais encore remarquer. Je viens de jeter ma dernière paire d’espadrilles de skate peintes en rose ou bleu royal ou jaune serin avec une bombe aérosol. J’ai donné tous mes vêtements à damiers. Je suis devenue une vraie soldate vestimentaire. Noire, marine, brune, grise, kaki. Habillée pour me fondre  dans le creux d’un arbre centenaire du parc. Mais je les sens, je les aspire, tous les regards, tournés vers moi, moi transparente, moi béante avec une main qui bouge, mon regard hypnotisé par l’un deux, je suis toute concentration et toute zénitude. Parfois certains me parlent. Rarement ceux que je ramènerais dans mon lit. Même si je suis en congé, lundi au parc, certains s’arrêtent et offrent de l’argent, je leur vends une page de mon calepin si malgré leur ignorance et leur incompréhension ils sont gentils. Ils offrent même de la bouffe, je refuse rarement, j’ai faim, je passe mon temps dehors dans l’herbe parce qu’il me semble que dans l’herbe sous les feuilles on la tolère mieux. Les gens. La plupart passent tout droit, je marque leur mémoire, pure inconnue, such a weird artsy girl, et pour au moins quelques jours ils transportent avec eux quelques miettes de moi.

mardi 25 novembre 2008

Cauchemar lent




Retour au Centre Eaton et dans le Montréal sous-terrain en général. Je voulais de jolies bottes d'intérieur pour aller avec mes jupes. Je me souviens du temps où j'écrivais une tonne de poèmes sur cet endroit, mais je n'ai plus vraiment de frayeur, je marche comme une petite machine déglinguée, pas vite, le regard flottant, un début de mal de tempes. Le bruit passe à travers ma tête comme une onde, comme un petit ruisseau. Il n'y a pas tant de monde pourtant.

Mon oeil de vendeuse chevronnée fille de couturière sait reconnaître le très-bas-de-gamme; je m'imagine même connaître le prix des choses; m'empêche d'acheter le fait que tout ce qui est laid est cheap et que tout ce qui est beau, cher. 

Encore, si c'était si simple, je me résignerais à acheter, mais ce qui est est cheap est malgré tout trop cher et ce qui est est vraiment trop cher l'est uniquement pour éviter que les gens comme moi puissent se le procurer. 

Cinquante piastres pour du vinyle avec une semelle en plastique qui craquera si on marche plus que deux kilomètres dessus, deux cent pour le cuir souple et le caoutchouc. Les coutures sont croches ou droites, la colle visible ou invisible, le fil de la bonne couleur ou de la mauvaise.

Mais jamais les prix n'ont de rapport avec la réalité; une augmentation minime de qualité engendre une montée exponentielle. Et si on veut se laisser tenter par des lignes un peu distinctives, un peu délicates...

Je marche entre les magasins avec mes écouteurs dans les oreilles, dans une sorte de cauchemar lent : j'ai mes grosses bottines en mouton retourné, trois dollars au bazar Saint-Paul-de-la-Croix. Elles sont trop chaudes. Lainage Noël chez les Cobain sur coton japonais à fleurs et rayures, noir et blanc, tuque. Quelque chose cloche : aucune vendeuse ne m'adresse la parole, pourtant j'observe attentivement. Quiconque a déjà vendu sait que c'est anormal, mais en même temps se souvient avoir pu deviner tout de suite si quelqu'un a la profil acheteur. Je ne l'ai plus. 

J'hésite entre aller me chercher des Converse de pseudo-rebelle chez X20 ou d'autres chaussures à trois dollars au sous-sol de l'église.    

lundi 24 novembre 2008

Ta petite soeur est si jolie

La joie fait montrer les dents
Grimacer les femmes 
Qui n'ont pas d'amies
Fanées     les grincements des carrosses

Et celle des filles défigurées
Par leur bébé

mercredi 19 novembre 2008

Ce qui ne se dit pas

La joie immense distend la poitrine
Déchire les joues sans qu'elle

Déchire le sol déchire le ciel
La joie immense sans nom
Un pleur tout au plus

Le bonheur coupe les arbres
Déforme les visages
Traverse terrasse

Deux fois le même mouvement

Tu as dit le sable les petits cailloux
Sous nos pieds les racines le soleil
Tu as dit nous deux dévalant
Jusqu'à l'eau la pente


...


Racines l'escalier vers le lac caché
Nous courrons nos chevilles des pentures
Nous jetons dans le sable les galets
Dans l'eau sarcelle nous éteint

lundi 17 novembre 2008

C'est affreux



Je voulais aussi vous montrer ça depuis longtemps.  La charmante candidate du PQ dans Crémazie, ma circonscription. Accessoirement la femme de l'autre.

De loin, ça va. Et plus on approche de la pancarte, plus on a peur. C'est vraiment pire que sur cette petite photo.

J'ose croire qu'elle est moins pire en vrai. 

Ne serait-ce que pour l'amour du pauv' Jacques.

Al a hâte à Noël en crisse

Révisé un texte de 2500 mots sur l'Île-du-prince-Edouard avec l'envie de partie en camping à West Point. L'été prochain, il va sans dire. Quoique me payerais bien une petite fin de semaine de froid et de faim sur un tapis d'hummus sec.

Me suis demandé s'il existe vraiment une règle qui interdit de mélanger le passé simple et le passé composé dans une narration, ou si c'est seulement un impératif stylistique. Ai conclu que les élèves du groupe de création qui ne comprennent pas que c'est laid n'ont pas d'avenir de toute façon. Ce n'est pas un lien de cause à effet, c'est une corrélation.

Ai écouté un plan séquence de kung-fu de presque 4 minutes :  


Ai essuyé deux cuisants échecs culinaires, ce qui n'est pas mon genre.  Plus capable de faire des crêpes : régression.

En plus d'avoir comme d'habitude passé à travers La Presse et bu deux grosses tasses de café.

**

Il est presque deux heures et il faudrait que je travaille sur cette absurde rédac de métho. 

Je ne sais pas de quoi il aura l'air, mon livre, est-ce que je pourrais l'écrire avant de le résumer ?

Sentiment de Beurk généralisé. Tout mou et tout visqueux et assorti d'un drôle de mal de contour de tête. Je voudrais qu'il neige. J'en suis même à idéaliser le concept d'un repas de Noël avec maman papa petit frère et nouvelle belle-soeur. Dinde. Gravy. Yum.



Je veux du pop bien bonbon bien bon avec full distorsion.

jeudi 13 novembre 2008

Oui

Je suis en train d'écrire une nouvelle !

mardi 11 novembre 2008

C'est affreux

Dernièrement je me rends compte qu'avec tous ces produits d'embaumement chimiques, un mort dans son cercueil constitue certainement un déchet toxique dangereux, au même titre qu'un béluga mort dans le fleuve Saint-Laurent.

samedi 8 novembre 2008

lundi 3 novembre 2008

La nuit éclairé par un fanal

Vincent n'en parle à personne parce qu'il n'obéira pas 
À ce qui l'incite à se cambrer, hurler et fuir
Le feu lui fait des cernes bleus
Et un râle imaginaire

Ça crie, ça crie, ça crie

Le silence a déchiré le ciel
Son gémissement lui fait
Retrouver le souffle
Elle avale le son

Comparé à

Sa main sculptant le front de l'homme las
Elle visite les nuages de fatigue
Le ciel bleu perle le lac pigeon
Il annule - ses yeux aspirent les paroles
Imprononcées il faudrait se lever
Mais les doigts de l'homme couché
S'agrippent à sa jupe aux draps
Mélangés le paysage baigne dans la colle
Et ne pourrait que s'enlaidir