mardi 20 janvier 2009

Non-lieu VI

« Je ne sais plus quoi faire : quand il pleut ça coule dans la roulotte comme dans la maison et je n'ai pas encore de tôle pour le toit, ni d'énergie pour réparer la roulotte. De toute façon, elle est finie, il faudrait trouver toutes les fuites -- j'ai l'impression que l'eau s'accumule lentement dans la structure, dans des cavités qui finissent par goutter, n'importe où, le plafond est pourri, ça ne vaut pas la peine. Parfois il fait quand soleil et ça goûte, ça me tombe sur la tête. Je suis sur le point de l'envoyer à dompe et de bâtir une cabane à côté de la maison. J'ai des blocs de ciments pour faire des semblants de pilotis, assez de planches, mais ce serait absurde de passer l'été là-dessus, ce serait absurde d'utiliser les planches pour ça, puis en avoir besoin, débâtir la cabane... »
Nancy imagine de temporaires solutions farfelues : trouver une vieille toile bleue de fond de piscine, la taille, la tendre au dessus de la caravane, le fixer au sol avec des piquets, comme un auvent, mais ça bloquerait la lumière.
« Au pire, j'ai une tente. »
Vincent grimace : « j'ai besoin de murs, n'importe lesquels. »

lundi 19 janvier 2009

Divertissement pour étudiants studieux




LA MACHINE À MERDE EST À L'UQAM !!

WOUHOU !


Et en bas de l'article deux fois plutôt qu'une un hilarant bonhomme y va d'un commentaire interminable qui comprend tellement de synonymes de merde qu'on se demande (ou plutôt pas) qui fait preuve la plus grande fixation anale.

Meth l'avait découverte bien avant son arrivée en territoire canadien: voyez ici des images de la chose en action.

dimanche 18 janvier 2009

Je préfère ceux qui crient à ceux qui pleurent (réflexion pour un cours)

Nous nous épuiserions de porter sur nous tout le désespoir dont nous sommes témoins, sans parler du fait qu’en le supportant, en l’entraînant avec nous, nous lui assurerions pérennité. Mieux vaut l’éprouver, le ressentir dans son corps tout en le mettant à l’épreuve ; je préfère encore le verbe témoigner, qui ne me donne pas comme blessée ou comme anéantie, et qui ne donne pas le mal comme opaque, mon monde comme déjà mort. Il faut aux désespérés le grand dégrisement plutôt que la grande capitulation, la grande rupture du barrage qui cède. Que personne ne laisse le mal le briser et le dissoudre, diluer son esprit ou l’écraser comme un roc. Nous ne sommes pas des Atlas, nous ne vivons pas pour porter la douleur du monde et surtout nous n’écrivons pas pour pleurer, pas seulement ; et si nous devons pleurer ou crier que notre plainte suscite quelque émotion chez notre lecteur qui ne soit l’apitoiement ou l’abandon : notre art ne peut servir à abattre, à rabrouer. Qu’il cause le frémissement qui précède le moment où l’on se lève où l’on s’élance où l’on court, qu’il cause le tremblement de gorge de poitrine d’esprit qui fait écrire ; une forme de joie, une forme de bonheur, une forme de puissance, qu’il nous fasse éprouver notre force plutôt que notre malheur. Je dirai joie à défaut d’autres mots, même si joie peut porter à confusion quand on l’emploie pour désigner quelque chose d’aussi ténu que cette impression d’être intelligent éveillé tendu, presque en mouvement, animé exerçant sa volonté.

Ne pas faire du désespoir son moteur. En prendre acte. Ne jamais se placer dans la situation où l’on ne pourrait créer si on était heureux. L’art doit forcément provenir de cette joie, de cette tension, sans quoi, malgré toute la lucidité que l’on possède, on se range du côté du problème. La souffrance, la douleur n’est pas une fin. Qu’on ne se trompe pas : ce n’est pas du jovialisme. J’ai fait le constat de l’absurde il y a un bout de temps. Et après m’être laissée envahir et dominer par la terreur et l’illusion de l’absence de choix, j’ai compris que la fermeture volontaire de toutes les fenêtres, le déni de la lumière, le décret volontaire de sa propre impuissance cause l’étiolement. De l’aliénation il faut s’extraire. Plutôt il faut se poser. Pratiquer l’art sur la base de la douleur équivaut à alimenter le feu. Notre choix ne se limite pas à l’orgie et l’ascèse. Nous pouvons refuser. Nous pouvons choisir d’être droits, d’être justes, décents.

J’ai du mal avec l’idée de souffrir avec. Souffrir avec, être sympathique. On le dit aux funérailles, « mes sympathies », ce qui veut dire « je participe à votre souffrance ». On a beau le dire quand c’est vrai, mais ça ne l’est pas toujours. J’ai déjà dit que nous n’avons pas la force. Cette fatigue, ce désespoir, sont complaisance ¾ à moins qu’il ne s’agisse d’une maladie, dans lequel cas nous nommes mal foutus. Cette fatigue, cette douleur toujours égale, c’est une condition. Pleurer infiniment sa condition, celle des autres, ne change pas cette condition. Je préfère l’empathie, qui implique un capacité d’identification mais qui ne permet pas qu’on remplace ses émotions par celles des autres au point d’altérer, d’annuler sa volonté. Voilà qui est beaucoup plus pertinent pour un artiste, qui se permettra aussi de comprendre, « prendre avec », prendre avec l’autre, avec tous ceux qui comprennent aussi. Parce que nous avons tous mieux à faire que pleurer. Je préfère ceux qui rient et ceux qui crient à ceux qui pleurent. Je préfère la raillerie et le vandalisme. Je préfère aussi le bonheur et la joie. Ne portons pas le deuil tant que la mort n’a pas tout pris. Et si en littérature la mort est cette langue convenue et figée et navrante et si c’est la langue tragique ou toute langue pour laquelle la mort est une fin, celle qui fait l’apologie de la domination ou de celle qui proclame comme accomplie la mort de l’humain, qui consacre l’enfer sur terre, je veux la casser. Parce pleurer est facile, se dresser l’est moins. Constater qu’il y a la beauté et la lumière, c’est dur, c’est le plus dur. S’il n’y avait qu’une raison de pleurer que ce soit parce que la vie est belle, parce que la beauté est partout, dans toute sa violence, parce qu’elle contredit le désespoir, position la plus intenable et la plus malsaine ¾ et son entretient en douceur, comme s’il s’agissait de quelque chose de précieux et de fragile, d’un château de verre dentelé, il faudrait lancer dedans un gros bloc de granit rose.

samedi 17 janvier 2009

Avec tout le mal que je pense... des nouvelles à chute

Saturne dévorant ses enfants. Version de Goya. Terminée en 1823 (approximatif).

Révision en cours. Nouvelles littéraires.

Si seulement quelqu'un pouvait leur dire que de faire crever son héros d'une mort atroce ne constitue PAS une chute originale, encore moins une chute surprenante. 




Version de Rubens. Terminée en 1637.

mercredi 14 janvier 2009

Pendant le cours

Élise demande : à quoi vous sert la théorie ?

Je dis : la théorie peut parfois rendre verbal ce que l'on savait intuitivement.

Je note : la théorie peut parfois rendre verbal ce que l'on savait intuitivement ; mais la verbalisation fait parfois aussi disparaître les idées.

lundi 12 janvier 2009

Poème

Sur fond de boue grondements

Nous connaissons tous les animaux

Et chaque instant le sol

S'ouvre dans nos têtes

Poème

Tout grave et la posture de Vincent ronde grave

Orbites bées yeux verres vers le ciel

De quoi avons-nous peur ?

vendredi 9 janvier 2009

Montréal, allovers de neige avec quelques taches rouges











Dans les Cantons, l'asphalte a une teinte bleutée


Le sel, la neige et le sable lui donnent d'autres couleurs. Nouvelle obsession. Les photos de sol. Compositions qui flirtent parfois avec l'abstraction.