mardi 25 août 2009

La famille se crée en copulant, Jacob Wren, Quartanier, traduit de l'anglais par Christophe Bernard

« Quand on parle, et même quand on écrit, il y a des présupposés. On n'y échappe pas. Mais les présupposés sur lesquels je m'appuie ici sont drôlement irréalistes : connaissance réciproque du parcours de l'autre, perspective commune, bonne volonté du lecteur. D'un côté, le désir de fâcher les gens et d'être provocateur; de l'autre, le désir que tout le monde s'entende et soit aimable. Bruce Nauman a dit dans une entrevue : « Mon oeuvre est en réalité l'excroissance de la colère que je ressens devant la condition humaine. Ce qui me met en colère, c'est cette aptitude à la cruauté et la façon qu'ont les gens d'ignorer les situations qui leur déplaisent. » Mais revenons à mes présupposés incongrus, à savoir : que nous serions tous d'accord pour dire que le capitalisme serait fondamentalement nuisible; que, depuis la Seconde Guerre mondiale, la politique étrangère américaine aurait causé, de manière assidue et souvent subreptice, un tort irréparable aux pays où elle s'est ingérée; que les gens voudraient sincèrement un monde meilleur; et que réfléchir serait encore une façon conséquente de prendre part au monde. »

vendredi 21 août 2009

La possibilité du désir existe mais son objet est inconcevable



Tu dis non,
C'est impossible
Que je.
Tu le dis
Et fais silence.

*

Quelque chose d'autre voudrait des ombres des voix nous les entendons moins ici mais si nous devions nous rendre en ville chercher de la viande et saluer tes cousines ton dégoût est un luxe

*

Tu dis oui,
Mais moi
C'est normal.
Tu le dis 
Et fais silence.

*

Pendant ce temps le soleil tombe sur une pierre et tu secoues ta cigarette tu regardes les marques des aiguilles de pin sur mes cuisses retirées elles me causent cette douleur se répand en ondes sous la peau

*

Respire,
Il n'y a pas
De raison.

*

Les paroles me viennent de nulle part mon sourire ne repose sur rien si tu veux je peux essayer de t'expliquer encore 


lundi 17 août 2009

Ils l'ont quittée parce qu'elle n'était plus habitable







Ils avaient bâti une maison près de l'eau, à l'époque où la rivière charriait usait infiniment le métal. Les enfants se baignaient chaque jour dans ses bouillons rouges sans êtres malades, les enfants à peau ligneuse, les amphibiens.

*

Ils l'ont quittée parce qu'elle n'était plus habitable.
Des branches de pruche tombent dans les fenêtres,
Des raisons pour l'aimer et s'enfuir.

*

Tant de plantes qui n'ont pas de nom : elle arrache les feuilles d'une plante qui n'a pas de nom et les mange parce qu'elle sait.

*

Quand la maison s'effondre sur toi c'est toute elle qui tombe et toute ta volonté ne saurait l'empêcher en fait quand la maison s'effondre as-tu même le temps d'y penser ou cela se passe-t-il en un instant  impossible à décomposer par ton esprit le craquement les madriers les solives et les pierres ton esprit pourrait les séparer s'il lui était donné une seconde mais pendant le ciment la poussière la tôle

*

Je me rappelle de choses qui s'écroulent d'un éclair à une heure où il restait encore un peu de soleil de gouttes d'eau comme de petites ampoules et de la foudre sur une cheminée. 


mercredi 12 août 2009

Dessin de bébé






J'aime les crayons de couleur.


jeudi 6 août 2009

Mères












Dans la série « Morin à la recherche de ses racines », voici grand-mère et mère dans le même photomaton, le même jour, vers 1974. Adorable, non ? 



Parcelle de paradis privée



mardi 4 août 2009

19 couteaux, Mark Anthony Jarman, traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, aux Allusifs (2008)





Extrait de la nouvelle « Écorcher une puce pour la peau et le suif »


« Des cavaliers aux masques sanglants et aux voix de loups et aux uniformes bleus volés vont et viennent jusqu'à une berge surélevée ou un ravin ou une crête et repartent dans l'autre sens, des cavaliers perchés avec légèreté sur leur mustang comme s'ils jouaient du piano assis sur un banc. Un cheval traîne les restes d'une recrue. Voyez combien le sol, la moindre bosse, le moindre rocher, peut vous secouer. Lorsque ce garçon qui était des nôtres tombe en morceaux, les nobles sauvages en attachent un autre pour s'amuser et celui-ci se démantibule à son tour au bout de la corde de chanvre couverte de sang tandis que sa mère, assise dans un petit salon quelque part dans l'Ohio, s'entretient avec un pasteur. »


Je suis tellement en vacance et je lis ce que je veux et je tombe sur cet auteur canadian qui enseigne Creative Writing à l'Université du Nouveau-Brunswick et j'ai le goût de prendre un séminaire avec lui parce que l'arrivée de la mère dans cette phrase c'est une des plus agréables surprises que j'ai eues en lisant depuis un bout : ta mère en plein milieu d'une nouvelle de vingt pages sur une terrible bataille perdue d'avance contre les Sioux; le narrateur n'a pas le temps de prendre de recul pour remettre tout ça en contexte parler de stratégie et de topographie rien à foutre, tout arrive une telle vitesse ça me réjouit vraiment, c'est cruel c'est délicieux il fait chaud et je m'ensoleille.