vendredi 27 novembre 2009

La peur de la paix (début d'une nouvelle sur une fille seule avec un bébé)




Image : http://newresolution.tumblr.com


Elle ne peut « rien » ressentir pour toi car il n'existe rien d'autre que toi. Mais en ta présence, toutes les frontières sont abolies. Ça ne se formule pas. Le spectre de ses émotions s'est réduit en un petit point : c'est toi contre son coeur, qui la tète, qui s'agrippe à son chandail, sous ses bras en croix, tandis qu'elle fait les cent pas dans le corridor pour te calmer, toi sous ton écharpe tandis qu'elle marche dehors -- en fait elle ne marche pas, ce sont les maisons, la rue, les arbres, le ciel qui glissent autour de vous. Et les mots coulent sur elle de la même façon. Toi, tu ignores ce que ça signifie.

Elle a dit à Dorothée qu'elle aurait préféré ne rien ressentir pour toi, mais c'était une façon de parler. Car elle avait eu tort, celle-là, en affirmant qu'avant le quatrième mois il ne se passerait rien sauf l'épuisement, un vague dégoût, quelque lente colère; mais ta grand-mère, qui jurait que ce serait instantanément l'amour, se trompait aussi. En presque trois mois tu ne lui as pas encore souri : elle craint que ce ne soit à cause d'elle, faillant à son devoir de séparer pour toi la joie de la tristesse, la peur de la paix.

samedi 7 novembre 2009

Donc, pour faire une histoire courte...


Le manoir. Y sont en train de refaire la fondation comme quoi rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme. Oui oui.


Personne, au palais épiscopal de Québec, aimait Philippe Aubert de Gaspé fils, le petite fendant de 22 ans qui couvrait la politique basse-canadienne pour le Quebec Mercury, et ça s'est pas arrangé quand il a provoqué l'évacuation de la bâtisse après y avoir déposé une bombe puante en 1836; mais ce serait pas aussi drôle si cette histoire débile était pas le fondement de notre littérature : réfugié à Saint-Jean-Port-Joly, au manoir seigneurial de son père, Philippe Aubert de Gaspé père, le petit torvisse a profité du temps qu'il passait à se cacher de la police pour écrire le premier roman canadien-français, L'influence d'un livre, un récit d'aventure gothique descendu par la critique en 37.

Je rajouterais : tout ça pour mourir cinq ans plus tard, en 41.

vendredi 6 novembre 2009

Donc, pour faire une histoire courte (longue)...


Dessin : M. André Lefebvre, pur inconnu qui a tous mes remerciements.


La tag commence à Saint-Henri et se poursuit chez Willéanne.

Je sais que c'est vraiment long, ça me fait vraiment rire. L'anecdote est authentique. J'aurais pu me forcer un peu plus pour la forme mais je me dépêche à mettre le truc en ligne avant que pu personne se souvienne de la tag, on sait pas quand j'aurai le temps de repasser.

Je vous jure, c'est vraiment la journée la plus honteuse de ma vie. Ça me donne une peu le goût de lire la journée la plus honteuse de VOS vies.

Donc, pour faire une histoire courte...

«... Tony avait dit à Robin que j'avais le kick dessus, soi-disant pour me rendre service, mais moi je pense que c'était du sabotage, qu'il voulait que ça foire une fois pour toutes, il voulait peut-être se faire le champ libre, il voulait un revirement romanesque dans notre vie d'ados qui se prenaient déjà pour des écrivains, il voulait me consoler; j'ai été dans les vapes, sous le choc, pendant deux semaines, c'était le mois de juin, Robin avait dit qu'il réfléchirait, et il a réfléchi jusqu'au jour de notre sortie de fin d'année aux cadets, on s'est retrouvés aux glissades d'eau de Bromont et c'est là que l'histoire devient vraiment malaisante : je sais pas où me mettre parce que Robin m'a pas encore donné sa réponse, je me retrouve avec une autre gang, je me souviens pas de grand chose à cause de ma commotion cérébrale, sauf que du début je me sens pas vraiment bien, mais c'est vrai, toi t'es pas au courant pour ça -- regarde moi pas de même, je sais que c'est ridicule, ça l'est encore plus que t'imagines -- fait que je me retrouve avec Jonathan pis d'autre monde qui ont pas le goût de faire les glissades d'eau, ils aiment mieux descendre la montagne à bord des espèce de karts pas de moteur, sur des glissades pas d'eau -- je sais pas trop comment t'expliquer, c'est fuckin dangereux -- fait que j'ai le souvenir d'en descendre une, j'ai la peur de ma vie, comme si toute mon adrénaline était inhibée à cause de Robin, j'ai peur de me planter pis de m'arracher toute la peau, j'ai peur de tomber en bas de la rampe -- oui, par boutes elle est haute en ostie -- fait qu'on décide de recommencer, pis là ma mémoire défaille, je sais que les karts sont accrochés après le remonte pente, j'ai des sueurs froides en pensant à Robin qui en train de s'amuser ailleurs sur la montagne avec plein de girlies, pis j'ai un souvenir, peut-être même que c'est un souvenir inventé, je me rappelle aussi de paysages qui se peuvent pas vraiment, qui ont l'air de venir d'un dépliant touristique pour la vallée du Rhône, mais bref je me souviens que je lâche le volant de mon kart pour replacer mon casque, de la roue qui accroche un poteau du remonte-pente, il y a de la gravelle, du plywood, je vois le ciel c'est rendu nuageux, pis y paraît que mon kart vire à l'envers, que je fais cinq mètres avec la tête qui traîne à terre, pis que c'est Jonathan qui reste avec moi jusqu'à ce que l'ambulance arrive -- ben oui, câlice, j'ai pris l'ambulance pis je m'en souviens pas, je me souviens juste de me faire pousser, strappée sur une civière, dans un corridor étrangement obscur de l'hôpital de Cowansville -- il me parle, il me soutient, il répond deux mille fois aux mêmes questions que lui pose, y'est quelle heure, on est quelle date, quoi, ma fête est passée, y'est quelle heure, merde les examens de fin d'année s'en viennent, la honte complète, pis pour en revenir à Robin, je l'ai revu le soir même, y'avait un party chez Maude pis je suis allée même si ma mère voulait pas vraiment, j'ai même bu de la bière, j'ai fumé, toute, pis comme si j'étais pas encore assez humiliée, il a décidé que c'était le temps de me donner sa réponse, fait qu'il m'a emmenée prendre une marche autour du bloc pour me dire que j'ai vraiment beaucoup de qualités, que je suis brillante, cute, drôle, qu'il a ben du fun avec moi en général, mais que je suis trop fuckall, lui c'est déjà un gars vraiment strict, deux jobs à seize ans, les meilleures notes, futur pompier, tsé veux dire, fait qu'on revient chez Maude en riant, le malaise est passé mais il revient par la bande avec Tony, Tony qui me console effectivement, mais c'est pas full intense, je suis trop stone, trop dans les vapes encore, il me fait une grosse colle pis je me sens mal -- quoi, Jonathan, oui, Jonathan, oui, je sais, c'est avec lui qu'il aurait fallu que je me mette, mais c'est le genre d'affaire dont on se rend toujours compte trop tard... »

En passant, en cherchant une image pour mon post, je tombe là-dessus, dans les cinq premiers résultats pour « glissades d'eau » dans Google Images. Ça date de 2003. Attention à ce que vous publiez sur le net, ça laisse des traces.